la révolution de la 3D 4

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Dans son discours annuel sur « l’Etat de l’Union » prononcé le 12 février 2013, le Président américain Barack Obama a surpris plus d’un observateur en traitant en termes élogieux les technologies d’impression 3D. Citant l’exemple d’une ancien entrepôt désaffecté dans l’Ohio transformé en premier laboratoire pour l’innovation de la fabrication du futur « où les employés maîtrisent l’impression 3D qui a « le potentiel de révolutionner la manière dont nous fabriquons pratiquement tout.». Il a annoncé dans la foulée le lancement d’autres nouveaux centres créatifs de fabrication similaires qui seront soutenus par le département de la défense, de l’énergie et du commerce pour créer des nouveaux bassins d’emplois High tech. « Et  Je demande au Congrès d’aider à créer un réseau d’une quinzaine de ces centres et de garantir que la prochaine révolution en matière de production soit menée aux Etats Unis. Si nous voulons fabriquer les meilleurs produits, nous devons également investir dans les meilleures idées»  a-t-il déclaré.

C’est tout de même exceptionnel que le Président du pays économiquement, technologiquement et militairement le plus puissant du monde, annonce simplement l’arrivée prochaine d’une révolution industrielle. Cela mérite que l’on s’y attarde et que l’on évalue sérieusement son propos. C’est pourquoi, nous vous proposons d’abord une série de dix articles qui feront le point à la fois sur les avancées technologiques et sur les perspectives à moyen et long terme pour l’industrie de la machine-outil suisse. Rappelons en passant que la Suisse est l’un des pays les plus industrialisés au monde et qu’un tel enjeu est vital pour notre avenir.

Nous allons aborder cette « nouvelle » révolution en analysant une à une les différentes facettes en traitant systématiquement les thématiques suivantes : l’impression 3D, l’additive manufacturing, le desktop manufacturing, les makers, la co-création puis dans une deuxième temps des questions comme : le crowdsourcing, le crowdfunding, le design thinking, les réseaux sociaux des consomActeurs et les net-ups.

Tout d’abord, nous allons rappeler dans quel contexte ces enjeux ont lieu.

Historiquement, l’industrie usine la matière première en la forgeant, la pressant, la décolletant, la perçant, la limant, etc. à l’aide de machines-outils. En somme, l’industrie soustrait de la matière à la matière pour obtenir des pièces, des éléments, des objets, des outils puis par assemblage des machines et des systèmes. Désormais, la « nouvelle » révolution industrielle va consister à additionner la matière à la matière pour obtenir les mêmes éléments jusqu’ici trop complexes ou impossibles à réaliser par soustraction comme par exemple des pièces contenant des cavités entièrement closes ?. On passe donc de l’ère de la soustraction à celle de l’addition pour schématiser cette révolution. Pourtant ce n’est pas seulement un changement de forme mais bien de fond car les techniques, méthodes, approches, savoirs et inventions vont prendre une toute nouvelle orientation. C’est du même ordre que le passage du mode analogique en numérique pour l’audio, la photo ou la vidéo. Au début, on a eu tendance à banaliser ce changement de procédé pour transporter et stocker des données mais bien vite on a vu apparaître de nouvelle norme (MP3), de nouveau appareil (iPod) puis de nouvelles applications (YouTube et la radio Internet) et d’un coup, on doit faire face à un nouveau monde où par exemple, les anciens « majors » de la musique sont remplacés par Apple, YouTube ou Radio Paradise !

Voilà à quoi on peut s’attendre à moyen terme mais pour l’heure, nous devons juste réfléchir à ce bouleversement et définir sur les moyens stratégiques à mettre en place pour faire face à cet enjeu ?

Aujourd’hui, l’apparition récente d’un appareil bon marché, facile d’usage et aux normes FFF comme l’imprimante 3D va nous permettre de changer la donne. Elle est à filament plastique qui couche par couche va reproduire n’importe quelle forme 3D. Elle est accessible à tout un chacun et s’est vendue par milliers de par le monde. On devrait atteindre le million d’ici deux ans. Aujourd’hui, ce sont les ingénieurs, les designers, les créatifs qui s’en emparent dans de nouveaux lieux appelés FabLab, TechShop ou Creative Center mais des secteurs comme l’aéronautique, l’automobile, la téléphonie ou la médecine, ont déjà franchi le pas. L’enjeu pour l’essentiel se situe dans la multiplication de ces centres de fabrication additive. Le Président Obama l’a bien compris en proposant la création de 15 centres aux Etats-Unis sauf qu’il en faudrait un dans chaque ville américaine et donc des centaines voire des milliers.

En Suisse, deux centres existent depuis plus d’un an et sont situés à Lucerne et Neuchâtel. Conçus autour du concept de FabLab, ils expérimentent de manière encore confidentielle avec des entreprises locales, la conception d’objets additifs. Là aussi, le Parlement mais aussi le gouvernement suisse à travers la CTI (Commission pour la Technologie et l’Innovation), son organe de la Confédération n’ont pas encore pris conscience de ce bouleversement. Pour l’heure, la seule proposition en cours est la création de parcs d’innovation qui prenant en compte les mètres carrés plutôt que l’intelligence au carré. Cette concentration de petits lieux informels ou plus officiels permettant de mieux maîtriser cette fabrication additive, devrait faire l’objet des priorités de nos politiciens car Il est impératif de ne pas rater le prochain tournant économique.

Les imprimantes 3D

Depuis que de petites imprimantes 3D faciles d’usage et à prix abordable sont apparues sur le marché, il y a environ 2 ans, des entreprises mais surtout des particuliers se sont précipités pour les acheter. Aujourd’hui pour quelques centaines de francs tout un chacun peut s’en procurer une. Les imprimantes sont de type FDM (Fuse Deposition Modeling) à savoir un modelage par dépôt de matière plastique en couches successives. En quelque sorte d’une image 3D est décomposée en autant de couches 2D nécessaires à créer un objet de troisième dimension. L’imprimante va donc déposer lentement de la matière sur la matière un peu comme de « fins boudins de terre » en poterie. Cette méthode est efficace car elle permet de façonner des pièces à l’extérieur comme à l’intérieur, ce qui est souvent difficile avec des méthodes de production soustractive (à savoir par soustraction de matière). Ce type d’impression 3D est surtout très utile en milieu industriel pour créer des modélisations, des prototypes mais aussi des pièces en petite série. D’autres technologies permettant de développer de manière industrielle des pièces mécaniques ou des objets sont aujourd’hui aussi disponibles sur le marché, nous y reviendrons dans un prochain article. Mais pour l’heure, il est important de comprendre le fonctionnement actuel de ces imprimantes et surtout l’avenir qu’elles nous réservent.

D’abord, il faut saisir que désormais chaque objet, chaque pièce mécanique peut être « digitalisée » en 3D et ensuite être transformée en un fichier contenant des algorithmes qui pourront être envoyés via Internet partout dans le monde pour un coût de transport quasiment nul. En supposant que la présence massive d’imprimantes 3D dans le monde s’accélère alors on peut s’imaginer de nouvelles perspectives comme la fabrication d’objets localement. On vient d’ores et déjà énoncer trois bouleversements industriels :

L’algorithme comme élément central de l’usine du futur

Le transport virtuel et non physique d’objet de par le monde

La fabrication relocalisée dans chaque ville, chaque quartier

Ces trois éléments seront au cœur de la « nouvelle révolution industrielle » puisqu’ils annoncent la fin des délocalisations des lieux de production. A l’avenir les « Ateliers du Monde » à l’instar de la Chine disparaîtront. Ces ateliers se réimplanteront alors dans chaque quartier changeant ses habitants en citoyens-makers.

Mais une autre « ®évolution » plane à termes sur ce nouveau processus, c’est la possibilité de fabriquer à distance des machines. En effet, si je peux fabriquer des objets, des pièces mécaniques alors une machine n’étant qu’un ensemble de pièces mécaniques, je peux à terme me mettre à les assembler pour réaliser cette dernière : un moteur à explosion par exemple. Si c’est alors le cas, les usines de quartiers de demain fabriqueront à la fois des solex et des frigos !

Cette idée de relance économique semble de l’ordre du rêve mais nous observons qu’une fois que les imprimantes 3D seront dans les mains de l’utilisateur final, tout un processus d’encouragement de l’excellence dans la conception sera lancé. Les imprimantes 3 D comme la Cube de 3D système, la Replicator de Maker Bot/Stratasys ou encore l’Ultimaker des hollandais d’Ultimaking (à construire soi-même) sont devenus les stars de ce commerce et progresse à vive allure. En effet, cette année la parc des imprimantes 3D a doublé selon la firme d’analyse économique Deloitte & Touche et son chiffre d’affaires global atteindra les deux milliards de dollars. Le marché des imprimantes 3D combiné à l’Open Source et à Internet est principalement aux mains des makers (ou fabriqueurs) des FabLabs, TechShop et autres centres créatifs qui s’en servent comme technique pour la conception et la fabrication de petites séries rentables. Ces nouvelles formes de production et de création de valeur annoncent un changement difficile à anticiper mais qui ne tardera pas à faire sentir les effets.

Trois raisons pour expliquer cette embellie du marché. Premièrement les imprimantes 3D sont devenues bon marché. Deuxièmement, elle sont faciles d’usage et troisièmement, il existe des milliers de fichiers à télécharger gratuitement pour fabriquer chez soi des objets qui vont de la lampe de chevet à la coque plastique de son iPhone en passant par de la vaisselle ou des jouets d’enfant.

L’entreprise française Sculpteo est une « e manufacture » proposant de personnaliser un service d’impression d’objets en 3D qui seront imprimés. En mettant à disposition une banque de données de plusieurs milliers d’objets, ils sont en train de démocratiser la fabrication industrielle. Eric Carreel, Président de Sculpteo pense que les objets produits seront un jour de même qualité que ceux trouvés dans le commerce avec un avantage indéniable : celui de le fabriquer à nouveau par une simple impression à domicile. En se positionnant comme intermédiaire sur le marché de la fabrication additive d’objets, Sculpteo pense jouer le même rôle que Pay Pal avait été pour le e commerce en offrant un mode de paiement universel et sécurisé.

A l’appui de ce que Sculpteo réalise, il est fort probable de l’essor des imprimantes 3D sera plus important chez les particuliers qu’au sein des entreprises et que cela annonce une ère nouvelle dans laquelle les « makers » seront les principaux acteurs.

Le retour de l’industrie

La White House a lancé à l’été 2012 un grand projet pour la réindustrialisation des Etats Unis. L’idée a été au lieu de le faire à la manière du Ministre français du Redressement Industriel Montebourg en tentant de sauver des industries à la dérive, de s’attaquer à l’innovation industrielle. Et la plus grande percée dans le domaine est celle de la fabrication additive. Sans entrer dans le détail, l’appellation anglaise « additive manufacturing » ou la fabrication additive désigne les technologies d’empilement de la matière, couche par couche, employées pour fabriquer des objets, des éléments mécanique ou toutes autres pièces industrielles. L’expression « additive » vient par opposition aux techniques classiques dites « soustractives » qui usinaient les pièces en les façonnant dans la masse de matière. Les processus étant ceux du pressage, du moulage, de l’usinage (perçage, limage, etc.) et de l’assemblage. Ici rien de tel. Une image 3D de la pièce à fabriquer est d’abord créée à l’aide d’outils informatiques de conception et de design, puis les fichiers contenant les données digitales sont envoyées à l’additive machine (celle-ci peut se trouver à côté ou au contraire à des milliers de kilomètres, cela n’a aucune importance) et la pièce va être composée en temps réel à partir de cette image virtuelle.

Les approches sont pour l’essentiel de trois ordres :

Le modelage par dépôt de la matière en fusion. La plupart des imprimantes 3D fonctionnent selon cette approche en disposant couche par couche de la matière plastique chauffée sur la partie déjà réalisée de la pièce ou de l’objet.

La striteolithographie ou polymélisation qui est un procédé utilisant la lumière UV qui va solidifier les couches de matière, de liquide ou de gaz par surface additionnelle. Cette approche concerne surtout les méthodes d’addition en couches fines de matière rare.

Le frittage sélectif pour laser qui consiste à agglomérer de la poudre de métal par un rayon laser qui va chauffer des parties précises qui composeront les pièces finales. Cette manière de faire est très prometteuse pour l’industrie aéronautique.

Ajoutons que les techniques additives permettent d’obtenir des objets particulièrement complexes, en une seule fois et sans assemblage. C’est une véritable révolution dans la mesure où jamais on avait pu usiner une pièce avec des espaces clos entièrement enfermés dans la matière sans avoir recours à des formes d’assemblage ultérieures. Ceci constitue pour l’industrie un véritable champ d’opportunités d’innovation dans lequel vont s’engouffrer de la nouvelle génération d’ingénieurs à ne pas douter. D’autant plus que la conception et la réalisation de telles pièces, objets ou machines ne coûtera bientôt plus grand chose par rapport à l’industrie traditionnelle et son système de moule à pièce extrêmement coûteux. Les imprimantes 3D et les lasers additifs valent quelques milliers de francs à quelques dizaines de milliers de francs et donc plus rien à voir avec le prix de fabrication d’un prototype classique dans l’industrie qui à lui seul pouvait atteindre des sommes dix plus chères.

Il est évident que le « ticket d’entrée » pour cette nouvelle industrie a été divisé par un facteur dix et que l’on va donc naturellement assister avec l’arrivée d’un nombre impressionnant de nouveaux industriels un peu à l’image de qu’Internet avait offert à un bon nombre de jeunes entrepreneurs dans la décennie précédente.

Il faut rester attentif à ce que va apporter ce phénomène car les valeurs économiques de Google, Amazon, Facebook, etc. sont aujourd’hui un facteur clé pour l’économie américaine. En Suisse, Swissquote, Le Shop.ch, Ricardo, Homegate ou Romandie.ch jouent aussi un rôle clé pour notre avenir.

Un nouveau modèle économique

Les investisseurs de départ étaient sans commune mesure avec l’industrie classique, on va assister tôt ou tard à un déplacement vers une nouvelle industrie à très forte capacité d’innovation notamment dans la fabrication de pièces uniques et complexes jamais réalisées jusqu’à présent et permettant une « customisation » rapide et peu onéreuse. L’industrie avait jusqu’alors joué sur la production de masse pour baisser ses coûts de revient, désormais nous allons assister au phénomène inverse. Une production limitée dont les coûts de revient seront baissés par les processus digitaux de la fabrication elle-même. Souplesse, rapidité, coût bas tels seront les ingrédients de ce nouveau modèle ; d’autant plus que deux autres facteurs vont compléter ce tableau. D’une part, il ne sera plus nécessaire de se rendre en Chine pour fabriquer car l’intérêt sera de produire à proximité des lieux de consommation directe. L’ultime sophistication serait de pouvoir réaliser sur son imprimante 3D sa vaisselle à la maison installée dans sa cave et d’autre part, un « amateurisme » industriel va naître à l’image des bloggeurs sur Internet qui ont (ré)inventé le journalisme au quotidien.

On ne mesure aujourd’hui pas encore les effets d’un télé bouleversement mais lorsque l’on a abordé comme au Swiss Creative Center de Neuchâtel ses techniques, on s’aperçoit avec quelle facilité et engouement les jeunes générations s’emparent de cette pratique.

Les Makers

Le mouvement des makers est typiquement représenté par ces « bidouilleurs » électroniques, ces passionnés de robotique et ces amateurs d’imprimantes 3D. Ils font partie de la « clase créative » si chère à Richard Florida et sont en train de révolutionner en profondeur l’industrie traditionnelle. Petit récit d’un grand chambardement à venir.

Le mouvement des makers (ou faiseurs) est né officiellement avec la publication du magazine MAKE en 2005 aux Etats Unis mais il trouve ses origines bien plus loin dans la culture américaine du DIY (Do It Yourself) des radios amateurs d’entre deux guerres, des modélistes de tout bord et notamment ceux qui ont récemment développé les drones. En effet, la principale usine de fabrication des drones se trouve à San Diego et a été créée par deux Makers (Chris Anderson et Jordi Muñoz).

Plusieurs caractéristiques marquent le changement actuel dans la culture du « Do It Yourself » propre aux Makers, à savoir la création de lieux, d’espaces où ils se réunissent pour inventer, paratger et fabriquer. On les surnomme les « Hackerspaces » comme celui de Tenebras Lux à Genève ou TechShop, FabLab ou encore Swiss Creative Center à Neuchâtel. Bref les créatifs ne sont plus dans leur coin à bricoler leurs prototypes mais désormais communiquent, collaborent ensemble et co-créent. En mélangeant leurs différentes compétences, ils participent au « design thinking » à savoir une conception co-produite sans propriété intellectuelle ou dépôt de brevet. En effet, ceci est la deuxième caractéristique du mouvement des Makers, ils partagent gratuitement en copyleft ou en créative common leur invention qui souvent sont de simples fichiers digitaux donc téléchargeables sur Internet.

Cette conception du Open Data permet le développement de produits, d’objets physiques voire de machines ou de systèmes librement accessibles sur Internet. Les informations, les données et les algorithmes sont tout simplement mis à disposition de tous en tout temps et tout lieu. Ces « Open Sources » ne concernent donc pas seulement le «software mais également le hardware. A partir de cette mise en commun, il est possible de rajouter des éléments à ce que les autres ont créé, on parle alors de « mush up » pour désigner cette technique d’ajout constructif et mis à la disposition de tous. Il est clair que de telles pratiques vont changer la donne pour les milieux industriels basés sur la confidentialité, la propriété intellectuelle et les brevets ! Il faudra s’y habituer.

L’autre grande caractéristique issue de ce mouvement réside dans la capacité de se lancer des défis. Prenons un exemple. En 2005, l’ingénieur anglais Adrian Bowyer lança le projet RepRap (Replicating Rapid Prototyper) sous forme de pari. L’idée était de construire en Open Design une imprimante 3D. Quatre machines furent ainsi inventées : Darwin en 2007, Mendel en 2009 et Prusa Mendel et Hurley en 2010. Toutes étaient reproduisables et téléchargeables depuis Internet. Aujourd’hui plusieurs milliers de ces imprimantes 3D ont été construites dans le monde. En y apportant sa touche et ses remarques, des communautés sont ainsi nées faisant fi des frontières et de l’industrie classique. Le projet RepRap a été une démonstration efficace d’un système évolutif en milieu industriel comme le projet Wikipédia l’a été pour le savoir encyclopédique. Jamais dans toute l’histoire de l’humanité, on a assisté à la fabrication collective d’une machine à cette échelle d’implication planétaire.

Une autre caractéristique de ce mouvement émergent est le concept de « Fair » ou de « Mini Makers Fair » consistant à de grands rassemblements réunissant localement ou internationalement des Makers pour des expositions, des conférences, des workshops, des échanges, du réseautages dans une ambiance de découverte et d’expérimentation. Des « Woodstock de la bidouille », des « Paléos du copyfree », des moments d’exploration et de liberté de faire vont finalement marquer la montée en puissance de ce mouvement dont il est difficile d’en mesurer les effets mais que l’on peut entrevoir comme celui de la fabrication décentralisée. Notre modèle industriel avait développé la production de masse alors que les Makers invente la décentralisation de masse. Télécharger des objets, éléments mécaniques, produits, machines et systèmes partout dans le monde en le (re)fabriquant localement sera de l’ordre du possible. Cette manière de (re)distribuer les compétences de fabrication annonce la fin de la concentration industrielle pour une ère de la production distribuée. Une sorte d’AOC industrielle est en train de naître entrainant dans son sillage une vraie révolution industrielle et sociétale. 

Digital Manufacturing

 Durant l’été 1997, Steve Jobs commença à commercialiser l’Apple II conçu par Steve Wozniak et une équipe de « hippies » californiens, alors que le monde entier continuait de travailler sur de grosses machines IBM enfermées dans d’immenses salles réfrigérés avec du matériel cher et encombrant. L’époque, dans les milieux informatiques, était au costume/cravate si bien que la venue sur le marché de barbus/chevelus avec leur drôle d’engin appelé « ordinateur » paraissait être une monstre farce ! Quelques décennies plus tard, il faut donc bien reconnaître que personne n’avait un instant soupçonné que la miniaturisation, la baisse des coûts et la simplification de l’usage des ordinateurs allaient gagner une telle ampleur et bouleverser pareillement le monde économique et social. On peut juste constater qu’en l’espace d’à peine une décennie, ce qui nous a amené au milieu des années 80, les ordinateurs étaient devenus financièrement abordables, plus petits et plus légers, portables, faciles d’usage. L’arrivée d’Internet à partir de 1993 apportera une décentralisation en liant chaque partie du monde au tout. La création de contenu était devenu l’affaire de tous. On a alors parlé de « Desktop Publishing » dès lors que l’on a pu associer à l’ordinateur personnel une imprimante de qualité et de surcroît bon marché. Le terme de Desktop va nous intéresse ici tout comme celui d’imprimante.

En effet, aujourd’hui dans le domaine industriel, on assiste à une révolution du même ordre qui éveille des similitudes, des convergences et des évolutions parallèles. Il faut juste noter que Steve Jobs et Steve Wozniak, les deux fondateurs d’Apple s’étaient rencontrés au « Home Brew Computer Club » début 1975, un club pour amateurs d’informatique et d’électronique. Steve Wozniak conçoit l’Apple durant l’été de la même année puis les deux Steve le présentèrent plus tard au Club. Ce genre de lieu a joué un rôle essentiel dans l’évolution de la micro-informatique et plus tard d’Internet. Ce phénomène est toujours d’actualité puisque des lieux comme les TechShops, les FabLabs ou les Centres Créatifs rassemblent les Makers (amateur industriel). Ainsi donc le « Desktop Manufacturing » est en train de suivre le même cheminement que celui du « Desktop Publishing » il y a plus de 20 ans.

Faisons-en la démonstration.

D’abord, la première condition concerne la miniaturisation. Il est clair que la machine-outil dans l’industrie est la plupart du temps volumineuse et donc incompatible avec le fait de pouvoir la poser sur la table de ma cuisine.

Puis, se pose la question des commandes numériques. Presque toutes les machines-outils sont aujourd’hui à commande numérique mais très peu d’entre elles sont gérables depuis un téléphone mobile ou un Laptop. De plus, les commandes numériques restent compliquées et plusieurs mois d’apprentissage sont nécessaires pour les maîtriser. Il n’existe pas vraiment de machine-outil de type « Plug & Play » et son prix demeure très élevé. Par conséquent, elle n’est pas accessible aux Makers et aux particuliers. L’industrie nécessite de lourds investissements et des gens hautement qualifiés pour leur fonctionnement. Il va en être tout autrement avec le « Desktop Manufacturing » car les mêmes machines sont moins chères, plus maniables et plus petites. Si l’on prend l’exemple des imprimantes 3D, elles ont été inventés à la fin des années 80 et sont restées longtemps chères et encombrantes, difficiles à manipuler. Depuis peu, on trouve des modèles à moins de 1000 CHF plus donc à un prix modique et facile à diriger depuis son laptop. Bref, c’est révolutionnaire. Le marché a bondi depuis deux ans et tout particulièrement depuis le premier semestre 2013 à plus d’1 milliard de chiffres d’affaires. On assiste à l’envol d’une nouvelle révolution industrielle basé sur la baisse des coûts d’investissements, de la baisse des coûts et de la simplification de son usage.

Mais l’élément le plus surprenant à venir avec les premières applications est la possibilité nouvelle offerte par la fabrication additive. Il s’agit d’un total changement d’approche. On est passé de l’approche soustractive par soustraction de la matière à celle dite additive, par addition successive de couches de matière. En principe, avec les deux méthodes le résultat final est plus ou moins similaire si je réalise par exemple une coque protectrice en plastique pour mon iPhone. Mais cela n’est plus vrai pour la conception d’une pièce plus complexe avec des rivets alors que la méthode soustractive demande de prévoir des techniques d’assemblage pour mettre ensemble plusieurs pièces ; la méthode dite additive est réalisée pour la pièce en une seule fois. C’est d’ailleurs cette dernière méthode qui est utilisée pour fabriquer ce genres de pièces dans l’aérospatial. Dès lors que de nouvelles méthodes de fabrication s’opèrent des champs immenses à l’innovation industrielle s’ouvrent en repoussant les frontières du possible. Un peu comme le « Desktop Publishing » a ouvert la voie au traitement de texte, à la publication en Do It Yourself sur Amazon, au blog sur Internet, à l’album de photo d’Apple ou à Wikipédia, le « Desktop Manufacturing » va nous conduire dans le domaine de la matière, des atomes et donc de la production. Si le « Desktop Publishing » nous a conduits au monde des bites, aux signifiés et donc aux servics, il y a deux décennies à peine, alors on peut s’attendre aux nombreuses opportunités offertes par le « Desktop Manufacturing ».

La Co-Création

 Lorsqu’Elmar Mock, co-créateur de la Swatch et fondateur de Creaholic à Bienne parle d’innovation de rupture ; celle qui n’a pas encore été demandé par le public, il sait de quoi il parle ! En effet, l’invention de la Swatch réalisée tout en plastique, au marketing habile et planétaire et à un prix défiant toute concurrence, a donné au monde entier une image de l’horlogerie suisse novatrice et performante. Il faut rappeler que l’industrie horlogère suisse a surmonté la crise des années 70 grâce à la Swatch qui a bloqué la menace nipponne en verrouillant le marché de masse. La conception de cette montre irréparable a permis de baisser son coût tout en conservant la qualité.

D’autres exemples en Suisse romande ont ouvert le chemin au processus de co-création. Nespresso, la capsule à succès de Nestlé qui grâce à son invention par Eric Favre et par la volonté de Jean-Paul Gaillard de s’adresser à un segment de marché haut-de-gamme) a pris un véritable tournant en se positionnant sur le marché du café. Par le biais d’incessantes innovations, Nespresso a donné aux consommateurs d’être de parfaits connaisseurs de « Grand cru » au sein d’un Club mais aussi en diffusant ses produits dans des boutiques. L’expérience du client, le packaging et la qualité du produit a permis à Nespresso de rivaliser avec une concurrence farouche.

L’invention de la Girolle, cet ustensile qui grâce à son axe central transperce le fromage de par en par et permet de le racler pour obtenir des « pétales de Tête de Moine » est l’œuvre de Nicolas Crevoisier. Ce Jurassien a trouvé cette solution inconcevable pour la tradition fromagère a créé cet objet, protégé par AOC pour éviter des licenciements dans son entreprise dans les années de crise.

Ces trois inventions relativement récentes montrent des processus de créativité chez des individus ou groupe d’individus fonctionnant en dehors des chemins battus de la R&D entrepreneuriale. Ces inventions de rupture ont été produites par des personnes en rupture avec le cadre classique de gestion de l’innovation. Ceci est important pour que la Suisse puisse réussir sa « nouvelles révolution industrielle ».

En premier lieu, il faut comprendre la co-création et les méthodes propres à celle-ci?

Pour l’instant, la co-création se définit lorsque les entreprises collaborent avec des tiers notamment les clients ou encore pour transformer des procédures entrepreneuriales par le biais des réseaux sociaux dans le cadre des activités clients. Ainsi « l’expérience client » devient une nécessité commerciale incontournable dans la mesure où celle-ci a évolué grâce aux techniques du Web 2.0, prévient Venkatram Ramaswamy, professeur de marketing et de commerce électronique et grand spécialiste de la co-création à la Ross School of Business de l’Université de Michigan.

Sur la question des méthodes, il en existe beaucoup mais l’une d’entre elles a été développé par Elmar Mock dans les ateliers qu’il tient périodiquement au Swiss Creative Center de Neuchâtel. Cette méthode s’inspire du « Design Thinking » de la d.school de l’Institut de design de Stanford en Californie.

Même si la co-création n’est pas encore une discipline universitaire, elle est déjà très présente dans les entreprises qui d’une manière ou d’une autre ont entamé de nouveaux processus avec leurs clients et leur environnement pour créer de nouvelles formes collaboratives. Par exemple, les livingLabs et les FabLabs sont aujourd’hui des plateformes propices à ces expériences clients. On en dénombre plus d’une vingtaine en Suisse.

Demain, on va se rapprocher plus du modèle de Wikipédia que du « bidouillage » actuel. On peut s’attendre à l’émergence de banque d’idées, de base de données ou de data mining d’expériences. Une révolution de la collaboration industrielle est en marche sous la forme finale d’échanges. Dans cette perspective, deux éléments clés vont jouer un rôle crucial : les « creative commons » et le « mash up ». Les « creative commons » remplaceront les traditionnels brevets et faciliteront l’échange de savoir sans les frais liés à la conservation de la propriété intellectuelle actuelle en ouvrant librement les usages tout en réservant des droits d’auteur et la technique du « mashup » permettra d’ajouter/personnaliser les services et les produits. On a tous constaté l’usage des cartes Google sur lesquelles ont été ajoutées des informations comme par exemple les commerces ou les musées dans une ville. Demain on verra se généraliser ce concept de « mashup » sur toutes sortes d’objets ou de machines. La co-création va développer son champ comme l’ont fait aux premières heures de la révolution industrielle, les inventeurs avec le droit au brevet. Les solutions sont d’un autre temps mais les questions restent les mêmes : à qui appartient l’invention et sa production et quelle sera la relation au consommateur ?

XC/2014

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4 thoughts on “la révolution de la 3D

  1. Reply Renault Jun 29,2015 8:39 am

    Une techno au potentiel incroyable dans le domaine de la médecine

  2. Reply Jean Jun 29,2015 8:49 am

    A l’instar de l’internet il y a quelques année, il est indéniable que cette technologie va entrainer de profonds bouleversements, aussi bien dans notre manière de produire mais aussi de consommer nos produits.

  3. Reply Alex Jul 3,2015 10:14 pm

    j aime ,j aime et j aime tant te lire e0 chaque fois c est tes areitlcs sont une source intarissable qui m abreuve et je de9guste chaque ligne avec de9lectation et une grande envie de tout remettre en cause .Tu as le Talent, tu as le coeur mais surtout,tu as du courage

  4. Reply Aurélien Jul 6,2015 9:49 am

    La France reste malheureusement à la traine, quand je vois les pôles compétitivité mis en place dans certains pays, on joue petits bras… Dixit Alain Bernard : « …il est temps que les dynamiques se coordonnent afin de disposer de réels moyens permettant de passer cette fameuse vallée de la mort »

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